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Open/Close Menu DU 21 AU 23 SEPTEMBRE 2018 AU CHÂTEAU DE FLAUGERGUES À MONTPELLIER




Bloggueuse, photographe professionnelle et maman de quatre enfants, le Festival pour l’Ecole de la Vie m’a invitée à partager un moment avec vous et je suis heureuse de prendre mon thé en votre compagnie. 

Il est bon de sentir que l’on n’est pas seule sur une île perdue avec des marmots déchaînés accrochés de toute part sur nous comme une dizaine de chats coincés dans  leur arbre dans l’attente de l’échelle des pompiers. Non, nous sommes plusieurs. En fait nous sommes super nombreuses. Et on est toutes fortes et on est toutes faibles. On est juste humaines. Il est bon de marcher pieds nus dans le sable en respirant les embruns, les enfants riant comme des mouettes autour de nous (oui ils sont toujours là, pas bien loin). Et parfois c’est dur. Dur d’être maman. Je crois que pour choisir la recherche du bonheur familial et individuel, il nous faut être humble, car on est bien peu de choses pour prétendre savoir.

J’ai toujours été pressée d’être maman, à 12 ans je parlais instinctivement aux enfants avec un vocabulaire destiné aux adultes, j’aimais les prendre « pour des grands ».  J’écrivais dans mon journal intime tout ce que je ferai et ne ferai pas concernant l’éducation, forte de ma propre expérience d’enfant. J’avais appris à 15 ans que « Maman » pouvait être un métier, bénévole certes, mais qu’on avait le droit de rêver de faire ça quand on sera grande.

En tant que jeune mère de 23 ans, c’est tout naturellement que j’ai pris mon rôle très à cœur, celui d’être un tuteur contre lequel mon enfant pourrait s’enrouler et s’élever vers ce pour quoi il était là. Ma priorité était d’être parfaitement juste, attentive, ferme mais sans fessée (gifle totalement méritée en cas d’insolence, hum) et aimante (oui c’était cohérent dans mon esprit). J’avais eu le coup de foudre pour les écrits de Françoise Dolto, qui confirmaient ce que je ressentais en moi : l’enfant est un sujet à part entière et la parole est primordiale.

Notre quotidien était  centré sur ma vision de l’éducation longuement réfléchie, inspirée par les livres que j’avais lus et centrée en grande partie sur le besoin d’avoir le contrôle pour ne pas me laisser « marcher dessus ».   Mon petit garçon était absolument parfait, calme, docile, éveillé, se faisant oublier… et j’ai commencé à m’inquiéter de sa perfection, sentant que j’avais un problème avec  la mienne. Comment mon enfant aurait-il pu trouver son propre chemin, entouré par mes barbelés ? Je me souviendrai toujours de son sourire et son regard étonné l’après-midi où je lui ai offert un petit album illustré  intitulé J’ai le droit de faire des bêtises. Ce jour-là je pense qu’il a été sauvé d’un carcan de pression qui aurait pu faire des dégâts. Il s’est mis à être plus agité les jours suivants, polisson, oh punaise j’ai stressé, et j’ai découvert  un petit garçon vif, rieur, plus libre …et heureux. Ça valait le coup.

Grâce à mon deuxième enfant, j’ai eu l’occasion de réaliser que je n’avais pas cette fois la télécommande de son comportement, malgré toute l’énergie que je consacrais au  bridage de ses attitudes jugées négatives, et aux punitions annoncées et tenues, qui le faisaient enrager. Je mettais toujours un point d’honneur à  expliquer calmement le pourquoi du comment de mes décisions, mais je finissais systématiquement  en hurlements de folle furieuse, brimades physiques, pour ensuite pleurer de découragement et regretter cette ambiance désastreuse. Mon Dieu c’est pas ça que je voulais pour mes enfants. Après une période de difficultés récurrentes importante, un beau jour,  j’ai renoncé à maîtriser. Je me suis assise sur le sol de  sa chambre après son énième crise de colère, l’invitant à me crier sa haine, il avait 8 ans. J’étais prête, je me sentais forte, ouverte pour l’écouter. J’ai ce jour-là entendu bien pire que « tu es la plus détestable sorcière de la Terre et je te hais ! » (ce qui vous l’avouerez était déjà un peu balèze à avaler) mais par soucis de confidentialité  je n’en citerai pas plus. Il a remonté la pente à partir de ce jour, il a été entendu. Je me suis remise en question progressivement ainsi : « ok ma technique d’éducation bien choisie ne marche pas, car une technique qui marche ferait de mon enfant un être obéissant, non colérique ». Ben oui sinon ça sert à quoi une technique ?

C’est avec mon troisième enfant que j’ai découvert  le maternage proximal au travers de l’allaitement long. S’ensuivit un intérêt grandissant pour tout ce qui pouvait être plus respectueux de l’enfant, une redécouverte de l’instinct en moi, une envie de faire ce que mon cœur me dit, remettant en cause mes croyances ancrées. J’étais tombée sur une bombe, non pas ma voisine top model, mais un livre… Au cœur des émotions de l’enfant d’Isabelle Filliozat. Je refermai l’ouvrage sous le choc, les yeux dans le vague. Elle venait de mettre des mots sur mes maux d’enfance, ceux que je ne voulais pas que mes enfants aient à vivre. Ma décision était prise sur la direction à suivre : les émotions de mes enfants avaient besoin d’être entendues, plutôt que bridées et réprimées par convenance pour mes oreilles, mes nerfs d’adulte, ou la bienséance.

En bonne hypersensible moi-même, je me suis impliquée à corps perdu dans cette nouvelle envie de faire au mieux, consciente de la fragilité de l’enfant et ayant la sensation de marcher sur un fil sans avoir droit à l’erreur. L’épuisement de faire «  plus que de mon mieux  » me mena soudain au burn out. J’appris alors à prendre soin de moi, un peu plus qu’avant, c’est-à-dire quasiment  jamais  mais le « quasiment » c’était déjà pas mal. Et je commençai le long chemin sur lequel je marche encore : accepter mes imperfections et mes erreurs sans en avoir honte ni les brimer. Finalement, m’appliquer à moi-même le respect de mes propres émotions.

Mon quatrième enfant est arrivé en même temps que la découverte d’une éducation possible sans punitions NI RÉCOMPENSES, ce qui m’a fait dire : « Non mais ça va un peu loin, là ! Faut pas pousser mémé dans les orties… » Mais je suis curieuse de creuser quand  quelque chose m’interpelle. Après une naissance nature (voir mon article  « Quatre naissance pour une naissance »), un deuxième allaitement long, le portage en écharpe  quotidien, et l’autonomie dans l’alimentation de ma fille (  « La DME ou comment mon bébé m’a montré qu’il pouvait manger seul »  ), je constatai que mes expériences m’avaient menée, après le stade du « je sais ce qui est bon pour mon enfant », au stade suivant, basé sur un constat :  « mon enfant sait ce qui est bon pour lui  car il est bien placé pour le savoir, moi moins ». Ce fut une étape de plus vers ce qui me parle au plus profond de moi : « Ce petit Être est un trésor immense, quelle confiance on m’accorde de me permettre de l’accompagner  pendant sa petite vie  ! Et j’ai tant à apprendre de lui… »

J’ai fait en sorte de garder  une capacité de détachement et de vision globale sur tout ce que j’ai lu et entendu alors, et j’ai choisi de ne pas adhérer à tout. Je ne suis pas allée  où ça ne colle pas avec ce que je ressens profondément, ou vers ce pour quoi je ne me sentais pas encore prête. J’ai souhaité garder le maximum de cohérence entre ma pensée et mes actions, avec toujours l’ouverture suffisante pour évoluer si besoin.

Et je dérapais encore trop souvent vers les cris, les menaces, la violence dite « ordinaire » qui parait encore normale dans beaucoup de familles et n’est même pas reconnue comme telle.

Pour moi la vie est une expérience, une découverte, une évolution perpétuelle. C’est normal que je ne sache pas quoi faire parfois, et c’est normal que je sois subjuguée par quelque chose pour le délaisser quelque mois  plus tard, c’est normal que je me trompe ou que je change d’avis. La capacité d’adaptation est précieuse, de lâcher-prise aussi, et ça ce n’est pas le plus simple. Tout en gardant une certaine ligne de conduite : il ne s’agit pas de changer de façon de faire tous les jours au risque de perdre l’enfant dans un monde sans repères ni repaires, mais d’expérimenter avec humilité et j’ai toujours souhaité leur expliquer où j’en étais de mes réflexions sur le sujet.

Il y a deux ans j’ai entendu parler des entreprises libérées, des organisations collaboratives plutôt que hiérarchiques, du mode de fonctionnement collectif « horizontal » plutôt que « vertical », d’écoles différentes  et d’unschooling, de mode relationnel gagnant-gagnant. Intéressée par toutes ces découvertes, par tout ce qu’il est possible de vivre pour plus d’harmonie et de respect de chacun, ce n’est à présent même plus une « éducation alternative » que je recherche finalement, mais une « alternative à l’éducation ». Laisser mon enfant vivre librement, avec pour seule règle de vie : le respect de l’autre et de soi-même. Finies les techniques centrées sur mes décisions  comme si je détenais le savoir ultime, finie la « position haute » du parent qui décide et de l’enfant qui obéit pour son bien, finis les cris (ouf ennnfin ! Il a fallu un sacré travail sur moi pour ça), mais observer, écouter, ressentir, communiquer, être là pour eux  sans les sur-stimuler, et surtout faire confiance à mes enfants. Avec des rechutes, car mes apprentissages sont rarement linéaires.

Maintenant ma dernière a 7 ans, et ce chemin de vie avance encore et encore. J’ai compris que mon accompagnement auprès d’eux  n’a pas à marcher ou pas, car « marcher » n’est pas ce que je souhaite finalement pour mes enfants. Certes je passe par des phases plus difficiles que de hurler  un bon coup pour calmer tout le monde, surtout moi-même en fait. Certes les gens vont  dire que mes enfants sont  mal élevés car ils ne font pas de bisou  à la Vieille-dame-qui-pique, certes on va  me rendre coupable à l’adolescence de leur période d’opposition car je n’ai pas serré la vis, certes on va me juger laxiste de ne pas punir mon enfant qui n’a pas tenu son engagement… Mais j’ai envie de donner mes forces pour ce qui est prioritaire pour moi comme pour beaucoup de parents, plus prioritaire que le jugement extérieur  : que mes enfants s’envolent un jour emplis de confiance en eux. Qu’ils s’envolent un jour formés à la collaboration entre humains pour un monde meilleur, sachant vivre ensemble, les bras, le cerveau et le cœur débordants de cadeaux à apporter au monde comme contribution : leurs compétences, leur personnalité et leurs projets de vie particuliers. Et j’assume mon esprit utopiste, rêveur, humaniste. Bisounours, même. Leur défense face à une société agressive ou cruelle ne sera probablement pas une carapace endurcie sans sentiments, mais plutôt leur confiance en eux, leur esprit d’analyse et de décision, leur force intérieure, leur ouverture aux autres, leur capacité de remise en question et d’adaptation, leurs compétences en communication… Je l’espère car cela connecte avec mes valeurs, mais nos enfants ne nous appartiennent pas, et nous ne savons pas quel chemin ils choisiront plus tard, souhaitons qu’ils sauront tirer profit de ces qualités pour faire le meilleur choix pour eux.

Voilà quelques années  que je vois éclore doucement mes petites fleurs, avec émotion : des enfants de 7 et 9 ans d’une logique incroyable dans leurs réflexions sur le fonctionnement de notre société traditionnelle, capables de philosopher et donner leur avis surprenant d’inventivité et créativité, capables de repérer l’injustice ou les situations illogiques, des enfants qui ont envie de vivre libres, de jouer, de découvrir avec passion des milliards de choses… qui sont volontaires pour fonctionner dans la bienveillance et l’écoute. Et pourtant ils sont  souvent loin d’être coopératifs, ils profitent de leur droit d’expression pour laisser leurs émotions émerger comme un volcan en éruption (waow ça décape et surprend), et il faut être vigilant sur le respect de ses propres limites et ses propres besoins pour pouvoir signifier où c’est trop pour nous. Et je constate chaque jour qu’ils ont compris l’intérêt d’une vie de famille calme à l’intérieur de laquelle ils  ont confiance et où ils peuvent  affirmer leur personnalité sous un regard aimant.

Je vous encourage à suivre votre chemin de vie selon votre cœur, les oreilles et les yeux ouverts, avec la petite main de votre enfant dans la vôtre en vous laissant emmener par sa joie, son enthousiasme de découvrir et d’apprendre. C’est bien plus grisant que de le faire passer au milieu des barbelés.

Si vous avez apprécié cette lecture, je vous invite à découvrir mon blog  Perles Pacifiques  et à le partager. Je vous retrouverai avec plaisir dans les allées du Festival de l’Ecole de la vie 2017 à Montpellier, accompagnée de mon appareil photo (voir mon site web) pour capter nos  meilleurs moments ensemble.

Longue et douce vie à vos enfants et  à vous  ! Le monde est fait …de nous-mêmes. Comme Gandhi disait : « soyons le changement que nous voulons voir dans le monde. »

EM, Perles Pacifiques.

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